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Birdwatchers (Martial Knaebel)
CINE – ARTICULOS
«Birdwatchers» (Marco Bechis, 2008)

— Martial Knaebel © (TrigonFilm Magazine) —

A la suite d'un nouveau suicide parmi les membres de leur communauté, un groupe d'indiens Guarani-Kaiowà du Mato-Grosso, emmenés par Nadio et un chaman, décide de retourner sur leurs terres ancestrales, maintenant occupées et cultivées par un riche propriétaire, dont la femme organise des safari photographiques sur les rivières de la région. Celui-ci ne voit pas d'un bon œil ce groupe s'installer au bord de la route et envoie un des ses employés les surveiller. Mais qui surveillera qui en réalité? Pendant ce temps, le jeune Osvaldo, apprenti chaman, lorgne du côté de la fille du fazendeiro, qui le lui rend bien d'ailleurs. L'Italo-Argentin Marco Bechis nous livre, avec Birdwatchers (La Terre des hommes rouges), une aventure qui retourne, souvent avec humour, les lieux communs habituellement utilisés pour traiter de la situation des Indiens au Brésil.

Marco Bechis pourrait bien être le créateur d'un nouveau genre, la comédie tragique. Car Birdwatchers (littéralement, les «observateurs d'oiseaux») est bien un film où l'humour transpire souvent, grâce aux retournements de situations et des codes qu'ose le réalisateur. Ne voit-on pas les jeunes indiens chasser comme des néophytes? Plus intéressés par une Vespa et une jeune adolescente blanche que par la cosmogonie guarani. En choisissant de filmer exclusivement depuis le point de vue des Indiens, le réalisateur a donné une présence forte, de chair, à ce groupe trop souvent ignoré et méprisé. Il se permet ainsi, tout en restant au plus proche de la réalité – beaucoup d'épisodes filmés sont basés sur des faits ayant réellement existé (à lire le texte en annexe sur le peuple guarani, on retrouve précisément des épisodes mis en scène dans le film) et les protagonistes indiens sont inspirés de personnes bien réelles, elles aussi et joués par des Guarani, acteurs amateurs mais combien professionnels dans leurs prestations, toutes excellentes – de donner un style particulier à son récit, laissant les personnages blancs à la périphérie, comme des seconds rôles.

Le réalisme se retrouve dans une histoire qui n'est pas spécialement optimiste, loin de là. Mais le refus de la dramatisation enlève toute trace de misérabilisme et nous permet de voir ces gens comme des gens qui nous ressemblent, même s'ils nous sont différents par leur Histoire et leur situation. C'est ce regard d'égal à égal qui nous permet de rire dans ce film. Ce regard que ne nous aurait pas permis un documentaire, nous autorise pourtant à pénétrer dans la vie de ces Guarani et de mieux les comprendre. Ironique aussi, de voir le gros fermier et sa famille vivant dans la forêt (presque entièrement détruite dans le Mato Grosso), alors que ses occupants originels sont laissés au bord d'un champ. Drôle, enfin, l'incompréhension qu'on peut lire sur les visages des uns quand ils rencontrent les «autres». Tout cela est encore accentué par le choix d'une musique joyeuse et baroque. Un choix qui n'est pas anodin: son compositeur, Domenico Zipoli, était un Jésuite, parti travailler au XVIIIe siècle avec les communautés guarani du Paraguay. Comme le dit si bien Marco Bechis, cette musique enlevée sert de contrepoint à une situation qui devient de plus en plus tragique.

On a souvent l'occasion de sourire, mais le tragique n'est pourtant jamais loin, à l'image de la présence maléfique de cet «esprit» qui  semble espionner le groupe et lui rappelle qu'il est dans une impasse, que leur aventure ne pourra que mal se terminer. Les pouvoirs politique et économique ne sont, en effet, pas du côté des Guarani, dans la fiction, comme dans la réalité. Quant aux propriétaires, ils sont prêts à tout pour conserver leurs terres et leurs privilèges... Et la réalité rattrape la fiction.

Information sur le film en espagnol et en portuguais ...



CINE – ARTICULOS
Les Guaraní

— A la recherche d'une terre «sans mal» —

Il y a encore 46'000 Guarani qui vivent dans sept Etats du Brésil. Il s'agit en fait de la nation indienne la plus nombreuse, d'autant plus qu'on les rencontre aussi dans les pays limitrophes, Paraguay, Bolivie et Argentine. Au total ce serait autour de 230'000 Guarani qui vivraient sur tout le continent. Au Brésil même, le peuple guarani se subdivise en trois groupes: les Ñandeva, les M'byá et les Kaiowá (ceux que l'on voit dans Birdwatchers). Ces derniers sont les plus nombreux, leur nom signifiant «peuple de la forêt». Ils sont profondément attaché au spirituel, la plupart des communautés abritant une maison de prière et un chef religieux dont l'autorité est plus basée sur le prestige que formelle.

Aussi loin qu'ils s'en souviennent, les Guarani sont à la recherche d'un lieu révélé par leurs ancêtres où on pouvait vivre libre de douleur et de souffrance. Un lieu qu'ils appellent «terre sans mal», qu'ils recherchent depuis des siècles, parcourant de longues distances. Un chroniqueur du XVIe siècle décrivait déjà leur désir constant de chercher de nouvelles terres où ils imaginaient trouver immortalité et repos perpétuel. C'est cette quête perpétuelle révèle le caractère unique des Guarani, souvent remarquée par les étrangers au groupe.

On comprend mieux dès lors qu'aujourd'hui, cette croyance se manifeste de la manière la plus tragique. Profondément affectés par la perte de quasiment toutes leurs terres durant le siècle dernier, les Guarani sont confrontés à une vague de suicides (1) sans équivalent dans toute l'Amérique du Sud. Un problème particulièrement aigu dans le Mato Grosso do Sul, où ils ont occupé jusqu'à 350'000 km2 de forêts et de plaines (8 fois et demi la superficie de la Suisse). Alors qu'aujourd'hui, ils se retrouvent coincés sur de petits espaces entre d'immenses champs de soja et de canne à sucre. Certains n'ont même pas cette «chance» et campent le long des routes.

Et la situation ne s'améliore pas. Les enfants souffrent de malnutrition, les adultes travaillent souvent comme des esclaves du XIXe siècle s'ils ne sont pas en prison pour des délits mineurs – jugés sans interprète, ni même représentant légal. Si la FUNAI (Fondação Nacional do Índio – Fondation Nationale de l'Indien (2) a lancé un vaste programme de délimitation des terres revenant aux Guaranis, celui-ci est fortement combattu par les gros fermiers du Mato Grosso do Sul. Le fonds a même dû suspendre ce programme en raison de ces pressions. Si celui-ci a pu reprendre tout récemment, la partie semble loin d'être gagnée, comme le montre si bien le film de Marco Bechis.

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(1) 500 suicides ont été comptabilisés durant les 20 dernières années, selon Survival International (survival-international.org), soit 1% de la population guarani du Brésil!
(2) La FUNAI est un organisme du gouvernement brésilien qui établit et applique la politique indigène, en application de la constitution brésilienne de 1988. La FUNAI a été créée en 1967 en remplacement du "Serviço de Proteção ao Índio" (SPI), lui-même créé en 1910. La FUNAI a la responsabilité de promouvoir l'éducation de base aux Indiens, délimiter, sécuriser et protéger les terres que ceux-ci occupent traditionnellement, favoriser le développement d'études et d'informations sur les groupes indigènes. La fondation a la responsabilité de défendre les communautés indigènes, d'éveiller l'intérêt de la société nationale pour les indiens et leurs causes, de gérer leur patrimoine et déclarer leurs terres, afin d'empêcher les actions prédatrices des garimpeiros, forestiers et autres sur ces terres et qui représentent un risque pour la vie et la préservation de ces peuples. (Wikipédia)



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